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J'écris aussi...

 
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Justaïne
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MessagePosté le: Sam 14 Mar - 13:48 (2009)    Sujet du message: J'écris aussi... Répondre en citant

Je vous poste qques trucs =)

Oh non. Quel moment affreux. Je crois que je m'en souviendrais toute ma vie. C'était un jour, je ne sais même plus lequel. On était tous à la piscine, en CM2. Euphorie, excitation et rires. Et on saute, et on plonge, & on s'éclabousse. Tout semble beau. Le ciel, les nuages, l'herbe, l'air, les autres. Mais oui, il faut toujours un mais. Parce que la perfection n'existe pas. On était près du marchand de glace, à coté du bassin. Et un cri. Un cri plutôt mouillé. Tout le monde se retourne, et on vois un petit, un garçon, ou disons ses bras. Ils s'agitent, je crois qu'il coule. Mais après tout, j'avais 7 ans, je ne voyais pas vraiment tout comme il faut. Il se débattait, il essayait de rester à la surface. Et personne ne faisait rien. Rien du tout, tout le monde le regardait couler. Une colonie d'abrutis regardant les Jeux du Cirque. Les maitres nageurs, les maitresses, les enfants, les autres, rien du tout, aucune réaction. C'est effarant, un petit qui meure, & des hommes d'un QE de 3. & je me souviens de voir la surface de l'eau se rapprocher à une vitesse impressionnante, puis de sentir mes jambes se raidir, ma peau frissonner, et ne rien voir. Dans l'eau, ouvrir les yeux, ça pique. Et puis revoilà la surface. Je ne pense même plus, je nage le plus vite que je peux vers ce gosse, ce gosse qui va peut être finir sa vie dans ce bassin, en tout cas, il est bien parti. Me voici près de lui. Il bouge, il frappe, on dirais un poisson pris et aspiré vers le néant. je le soulève, je le porte à la surface, le soutient, l'aide, fait tout ce que je peux. Il est lourd, le saligaud. Et moi je plonge pour le soulever. Mais il s'appuie sur ma tête, il veut pas couler, je le comprend. Il s'appuie et agrippe mes cheveux, pour rester sous l'eau, je deviens bouée. Et voilà mon tour de me débattre, de me débattre pour qu'il me lâche enfin, pour que je puisse revoir la surface & respirer, rien qu'une seule fois. Mais non, il est plus fort que moi, aussi lourd que tout le désespoir du monde. Et je coule, je coule, vers ce fond sans fin. Ce carrelage bleu et blanc, qui ne semble jamais arriver sous mes pieds, qui semble s'échapper vers le fond. Et mes poumons qui semblent se vider, se remplir d'eau, taper contre mes côtes en hurlant "FREEDOM & LIFE" à leur tour. Tout deviens noir, tout me semble flou. & j'ai mal, je sens tout simplement la fin venir & la mort en moi. Adieu.



& du bleu, du vert, du blanc. Du ciel, de l'herbe, du blanc. & de la douleur, des larmes. Suis-je morte ? Non, je ne pense pas. Mais après tout, à 7 ans, on n'est jamais sur de rien.






Je reposterais d'autres textes après
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MessagePosté le: Sam 14 Mar - 13:48 (2009)    Sujet du message: Publicité

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P'tit-Loup
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MessagePosté le: Sam 14 Mar - 14:28 (2009)    Sujet du message: J'écris aussi... Répondre en citant

Je veux la suite =p

Elle peut pas être morte sinon y aurait pas écrit ça :

"Je crois que je m'en souviendrais toute ma vie."

D'ailleurs, pour montrer qu'elle s'en souvient si bien, peut-être ce serait mieux de mettre le jour plutot de dire qu'elle ne sait plus.

Et la phrase "Et mes poumons qui semblent se vider, se remplir d'eau"

Je pense qu'il faut préciser "se vider d'air", sinon, malgré qu'on le sache que c'est de l'air, ca crée une incohérence "se vider" / "se remplir.

Ce sont les deux seuls trucs qui m'ont tappé l'oeil, a part ça, j'aime beaucoup =)

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Justaïne
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MessagePosté le: Sam 14 Mar - 14:47 (2009)    Sujet du message: J'écris aussi... Répondre en citant

La suite c'est moi, la fille qui est toujours en vie, c'est moi. C'est une histoire réelle qui m'a traumatisée vraiment. j'en vais souvent des cauchemars ou je revois la scène, d'ailleurs.

Merci pour le reste, j'vais corriger =)
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Lé@
Loup solitaire

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MessagePosté le: Sam 14 Mar - 19:12 (2009)    Sujet du message: J'écris aussi... Répondre en citant

Décidément cette Justaïne est douée pour tout!! hihihi
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Shiska
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MessagePosté le: Dim 15 Mar - 12:01 (2009)    Sujet du message: J'écris aussi... Répondre en citant

Tout à fait d'accord, Lé@ ! J'aime beaucoup ce texte ! Il a soulevé en moi beaucoup d'émotions... Fais-nous vite partager d'autres écrits !

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Justaïne
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MessagePosté le: Dim 15 Mar - 12:14 (2009)    Sujet du message: J'écris aussi... Répondre en citant

Je m'y met =)


Je vous préviens, ce texte est plein de fautes, et en cours de correction. Surtout à partir de la scène du ménage. (vous allez comprendre XD)

Citation:
Que le monde est éphémère.
Ses changements font de cette planète l’une des plus folles, l’une des plus passionnantes de l’univers.
Alice aimait les étoiles. De la constellation du Centaure à celle de Persée, en passant par le Corbeau, elle les connaissait toutes. Ces lueurs flottantes dans le vide se reflétaient dans ses yeux sombres & glaçants. Son regard transperçant & profond interpellait chaque personne le croisant. On s’y serait noyé, dans ses yeux. Ses longs cheveux foncés, ornés d’un chapeau noir, lui donnait un air énigmatique & mystérieux, mais Alice ne se fiait guère aux apparences. Elle ne pensait qu’à vivre, elle avait banni la mélancolie depuis bien longtemps de son âme. Elle était seule, très seule, mais jamais trop seule.
« On n’est jamais trop quelque chose ! » me disait-elle en affichant son sourire lumineux. Ses yeux verts foncés faisaient un contraste tellement fort avec son sourire qu’on se demandait si personne n’avait mélangé deux visages. Ses lèvres fines laissaient apparaître quelques dents claires & alignées. Mais le charme était tout autre. Deux fossettes se dessinaient à chaque sourire, éclat de rire ou exclamation. Ses lèvres toutes fines lui donnaient un air malicieux & coquin. Elle semblait descendre des étoiles. Après tout, elles, elles ne connaissent pas la mélancolie.
Alice était forte. Je me souviens du désespoir qui marquait son visage lorsque nous l’avons trouvée, errant seule, dans l’obscurité d’une nuit de Décembre, à Montmartre. Les yeux dans le vague & les cheveux dans le vent, ternis par la misère & emmêlés par le vent. Son visage blanc & ses lèvres violettes trahissaient son sourire forcé. En lui offrant un refuge pour une nuit, j’ai découvert une fillette douce & agitée, sombre & lumineuse, totalement contradictoire. Je me surprends encore. Je n’étais qu’un sombre personnage solitaire, le genre de personnage qui traîne dans les ruelles à minuit un soir de pleine lune, le col du manteau noir remonté & le chapeau visé sur le crâne. Mais j’ai trouvé mon chemin. Je l’ai aidée à grandir, à apprendre, à découvrir le monde & à trouver sa voie.
Alice a vécu treize ans avec moi. Pendant toutes ces années, elle m’a prouvée qu’elle connaissait déjà tant de la vie.
Alice était simple. Elle ne supportait pas les gens compliqués.
« Un jour, lorsque les complications seront très compliquées, il faudra que je décomplique tout. Tout le monde sait compliquer, mais qui est capable de décompliquer ? »
Du haut de ses treize ans, elle aimait débattre sur tout. Elle aimait philosopher, écrire, parler ou bien lire. Mais personne ne comprenait pourquoi une jeune fille si intelligente & réfléchie ne se laissait pas séduire par le monde.
« Le monde n’est pas le même pour tout les hommes. Le monde est empli d’étoiles, que la société éteint. Je ne veux pas devenir quelqu’un qui éteint les étoiles, car chaque étoile est le rêve d’un enfant. Moi, je veux juste avoir le pouvoir de les allumer. » & Alice s’en allait, saluant tous ces gentlemens trop bien peignés, pour se réfugier dans son jardin. Car oui, si Alice aimait plus que tout les étoiles, elle était autant passionnée par les nuages.
« Les nuages, ce sont les larmes de tout les Petit Princes qui n’ont jamais trouvés leur ami.»

Alice ne se souvenait plus de ses parents. Elle me faisait doucement rire, cette petite. Si forte & si passionnée, si intelligente & si rêveuse, toute la fraîcheur de l’enfance dans un esprit de maturité. Je me suis toujours occupé d’Alice. Elle avait toute son âme dans ses yeux, toute sa liberté farouche cachée entre quelques cils. Sa vie était si sombre, qu’elle en était passionnante.
Tous les jours, Alice allait au collège. Un collège de banlieue ou elle ne pouvait se retrouver. Elle trouvait les gens si immatures, si violents & si insensés. Elle s’y perdait. Elle restait seule, mais au final, je crois qu’elle aimait ça. Ses pensées méprisaient ses professeurs, sans âme & incapables de transmettre la moindre émotion ou passion pour leur matière. Elle les trouvait si insipides & si ennuyeux. La jeune adolescente qui aimait tant la littérature & les grands auteurs se sentait décalée & dans un autre monde.
Puis vint le lycée. Alice ne grandissait toujours pas. Elle rencontra de nouvelles personnes, de nouveaux visages, mais au final, elle restait toujours seule. Elle comptait encore ses étoiles, ces lueurs qui se reflétaient dans ses yeux, mais qui se ternissaient au fil du temps. Ses cheveux blanchissaient & perdaient leur éclat. Son sourire ne paraissait plus si charmeur, sa démarche devenait lasse. Son esprit semblait embrumé, & sa flamme éteinte.
Tous les soirs, elle s’enfermait dans sa pièce, sombre mansarde qu’elle avait aménagée & apprivoisée. Elle prenait sa guitare & jouait quelques airs connus, puis s’isolait sur le toit, au crépuscule, pour chanter & vider tous ses poumons sous le ciel orangé. Son visage revenait pâle & marqué par le poids d’un désespoir caché. Je lui demandais souvent si elle allait bien, mais elle ne me répondait que oui. Elle ne me regardait plus dans les yeux comme avant. Je crois qu’elle ne voulait pas que je vois la tristesse dans ses yeux, mais je la voyais quand même.
Un jour, j’entrais dans sa chambre, m’assis à coté d’elle & sans que je prononce un mot, elle commença à parler.
- « Tu sais, je n’en peux plus. Je n’en peux plus de cette mélancolie qui m’entoure & qui m’empoisonne. Je voulais allumer les étoiles & briller comme l’une d’entre elles. Je voulais pouvoir inspirer le bonheur, la joie, ou même juste la haine. Mais je n’inspire rien du tout, si ce n’est de la pitié. Je ne ressens plus le désespoir en moi, tellement je m’y suis habituée. Je ne sens plus mes larmes couler, tellement mes joues sont trempées. Je n’attends plus rien des autres, leur confiance m’est égale, & la mienne ne vaut plus rien. La vie n’est qu’une prison pour moi. Rien que le fait de savoir que demain sera la copie conforme d’aujourd’hui me détruit. Cette existence est monotone, & le bonheur n’est que poussière. Je crois que c’est le commencement de la fin de mon bonheur. Pourquoi te dire ça ? Peut être parce que j’en ai envie, peut être parce que j’en ai besoin, mais sûrement parce que je n’ai pas le choix & que ma bouche parle toute seule. Malgré tout, il y a toujours cette envie de crier, cette envie de frapper le mur & de rouler, d’aller pêcher les étoiles dans l’océan d’obscurité, & puis d’attendre la fin, d’attendre patiemment cette fin qui nous aura tous, cette mort qui nous fera quitter ce monde avec rancune & haine.»
Mais que voulez-vous dire ? Que voulez vous répondre à un tel discours, un discours rempli de malheur & de désillusions ? Tant de colère qui rebondit contre son crâne & son esprit déjà frêle, tout cela me faisait mal. Avais-je raté mon rôle ? Mon rôle de protecteur & de père, un père qu’elle n’avait déjà plus. Mais qu’avais-je fait pour que cette enfant si joyeuse & si pétillante devienne une âme perdue, sans but, rêves ou envies ? Je n’en sais rien, ne me le demandez pas. Alors j’essayais de la raisonner, de lui prouver qu’elle était jeune, jolie, forte & intelligente, mais vous connaissez tous ces arguments qui ne provoquent qu’un sourire forcé. Alors elle se levait, les larmes dans les yeux.
« Tu sais, je t’aime beaucoup quand même, mais je crois que tu ne peux rien pour moi. Le monde n’est plus beau. Il est. & je dois subir cette existence tous les jours. Cette existence cruelle & profondément maussade. Mais j’y arrive. Ou j’y arriverai, du moins. »
& la porte claquait. Je la voyais courir dans la rue, le blouson fermé & l’écharpe virevoltant, puis disparaître derrière les vieux bâtiments. & souvent, après m’être fait un sang d’encre, j’entendais la porte claquer & ses pas réguliers grimper les escaliers. Et plus rien. Plus un bruit, si ce n’est le crépitement du feu.
Mais un soir, j’entendis cette porte claquer, encore une fois. Cependant, je ne l’aperçus pas sortir dans la rue. J’attendis longuement le soir, pour entendre cette porte claquer, puis ses petits pas lourds. Mais rien. Je ne percevais rien. Après de nombreuses heures, je n’en pouvais plus. Elle n’était pas la, & le soleil pointait son nez. Je pris ma veste & sortis dans l’humidité d’un matin d’octobre, & partis à sa recherche. Les quartiers riches, les quartiers pauvres, les parcs, les bars, les ruelles, tout, j’ai tout fait. Mais rien. Elle s’était envolée. Je ne la trouvais plus.
Et c’était le néant.

Je passais ma journée à tenter de ressentir tout son désespoir. Cette colère si furieuse & si morale, si déchainée & pleine de regrets. Je n’ai jamais réussi, cette gamine était si secrète, si mystérieuse. Rien ne pouvait l’ouvrir. Elle s’ouvrait seule, rarement & rapidement, pour raconter une part de sa vie, puis se renfermait pour toujours. & j’attendais, j’attendais. Je me sentais vieillir, vieillir seul dans mon appartement qui était triste sans l’âme ou les chants de cette petite. Quelques livres me tenaient compagnie, mais lire un livre pour la septième fois, je crois que cela n’a plus d’importance. Lire sans regarder, lire sans comprendre, ou sans y penser. Lire devant un feu crépitant, mais un feu qui vous paraît si terne que vous le voyez en noir & blanc. J’avais lu dans un livre, qu’on mettait environ 2 ans à se remettre de la perte d’un être cher. Je m’en souviens, oui, cela faisait sept ans qu’elle était partie. & son visage me hantait. Sa façon de courir dans l’herbe fraiche du parc de la rue, sa façon de secouer ses cheveux quand elle riait, ou même la manière dont elle parlait, la forme de son visage lorsqu’elle pleurait. Ses yeux, je revoyais ses yeux verts d’une profondeur indescriptible, sans fin. Je les revoyais toujours, me fixant dans le blanc des yeux, me demandant de lui pardonner. Mais mon esprit ne demeurait que perdu & mon imagination me jouait des tours. Sa mansarde n’avait pas changé depuis sept ans, je faisais le ménage tous les mardis, en espérant un jour qu’elle revienne. J’avais essayé de me changer les idées, de m’amuser, le temps d’une nuit. Mais je ne trouvais que ces femmes banales & sans amour, détruites au point de partir avec un inconnu pour trouver un endroit où dormir, ou même un peu de chaleur. Un peu de chaleur au cœur, ou rien qu’un peu de chaleur d’esprit. Tout ceci n’était que du vent, car avec Alice, ce genre d’amusement était inutile & si superficiel.
Un matin, lors de mon déjeuner, on sonna. En peignoir & totalement endormi, je me trainai jusqu'à la porte. C’était un agent de police, dans son uniforme bleu ornée de médailles. Secouant la tête pour donner un peu de vigueur à mon vieux visage morne, je pris une inspiration & ouvris la porte.
Je n’eu pas le temps de dire un mot, l’agent grogna :
- « C’est à vous, je crois. J’ai trouvé votre nom sur le bout. »
Je crois que ce fut le plus grand traumatisme de ma vie. J’en suffoquais. Cet agent, se tenant sur le pas de ma porte, venait de me remettre, après sept ans, la grosse écharpe de laine bleue d’Alice. Interloqué, je ne trouvais rien à redire. Le policier, sans expression, s’éloignait & commençait à descendre les escaliers du perron.
- « Arrêtez ! Ou l’avez vous trouvée ?
- On me l’a fait parvenir, au bureau. Je crois que cela venait de la police scientifique. Allez les voir au commissariat, ils vous renseigneront. »
Affolé, je n’y croyais pas. C’était totalement impossible. Elle était partie. Elle avait disparue, déménagé, elle était même peut être en prison, ou morte. Comment cette écharpe était elle arrivée jusqu’ici ? Je me souvenais encore de l’étiquette que j’avais cousue de mes propres mains. Une bande blanche avec une inscription en lettres rouges, maladroitement brodées. Elle ne tenait plus que par quelques fins fils gris. Cette écharpe n’était plus qu’un bout de tricot. Elle était sale, défraîchie, trouée & crasseuse. Mais je la reconnaissais, oh que oui, je savais que c’était la sienne. Je sentais l’espoir me remonter dans les veines, même si je me faisais sûrement trop d’illusions.
Je sautai dans mon pantalon & attrapai ma veste. Vite, je courais dans les rues de Paris. Vite, plus vite que tout, plus vite que les chevaux, que les voitures, que les trains. Plus vite que le temps, que la pensée, que la lumière. Plus vite que tous ces gens, buvant cet espoir de toute mon âme. J’évitais les gens de justesse, en bousculais d’autres, culbutais des femmes chics, marchait sur les SDF des ruelles dont les pieds dépassaient. Je me cognais aux poteaux, mais repartais, toujours plus fort & toujours plus vite, sans rien sentir, ni le vent froid qui fouettait mon visage, ni le froid qui tétanisait mes mains. Mes mains qui serraient ce trésor, cette écharpe qui revenait dans ma vie. J’arrivais au boulevard. Droite ? Gauche ? Je cherchais, piétinais, pour trouver un panneau. Le commissariat était à droite. Je repris ma course folle & effrénée.
Après 10 minutes, je me retrouvais en face de l’office de police. C’était un vieux bâtiment, fissuré jusqu’au toit. Je crois que les murs étaient blancs avant, mais ils étaient maintenant beige-gris, sans couleur. L’endroit n’inspirait pas confiance. L’insigne « police » pendouillait dans le vide, au gré du vent. La porte massive en métal était enfoncée de partout, et taguée à coup de « ANARCHY » et « FUCK ». J’apercevais de la rue la lumière blanche des bureaux et les ombres des officiers bien en forme. Quel cliché ! Un commissariat miteux dans Paris, dirigé par un commissaire bedonnant à moustache, fumant la pipe. Je me croyais rêver, c’était si drôle. Je rentrais, & je m’en souviens exactement de l’entrée. Les murs blancs, lumineux à s’en griller les yeux & le cerveau. J’arrivai à l’accueil.
- « Bonjour. Je voudrais contacter le chef de la police scientifique.
- L’est pas là.
- Savez-vous d’ou viens cette écharpe ?
- Nan.
- Vraiment ?
- Si, c’est le vieux Bartimer qui nous l’a ramenée y’a quelques jours. Il disait qu’elle puait mais qu’il l’aimait bien. Qu’est c’que ça peut bien vous faire, hein ?
- Ou se trouve ce Bartimer ?
- Troisième à gauche. »
On va dire que j’aime les gens sarcastiques. Je pris donc le couloir en face de moi, le seul d’ailleurs, et cherchai la troisième porte à gauche. J’y toquai. Mais on me rejeta d’un ton sec, je crois que c’est une habitude. Hum, où était-il donc, ce Bartimer ? J’essayais la porte en face, à droite. Je voyais sur son bureau un insigne. C’était bien lui, Bartimer Arty. Mais il semblait être absent. Alors j’attendis. Assis devant sa porte, à fixer la porte bleue entre ces murs blancs, quoiqu’un peu gris à certains endroits. & j’y pensais, encore et encore. A vrai dire, je pensais sans vraiment penser. Tout se mélangeait, encore une fois, dans ma tête. Etait-ce vraiment la sienne ? Peut être l’avait elle perdue ? Peut être était elle partie, ma petite Alice ? Cette petite fille avec son chapeau et son baggy. J’étais excité comme un gamin, le genre de gamin qui ouvre son cadeau et trouve un train, un beau train électrique, avec trois wagons. Le beau train rouge et noir, le train du paradis. Et j’attendais.
Mais je crois que je m’endormis. Oui, j’en suis sûr, il était maintenant onze heures quarante-cinq. Personne, le bureau était toujours vide. Et je repris ma contemplation, ces murs, toujours aussi sales. Le temps passait lentement, lentement. Je titillais ma montre, pour avoir l’air de faire quelque chose quand quelqu’un passais.
Je vis un grand personnage sec comme un cure-dent, les cheveux mis-longs, en bataille & grisaillants. Il était en uniforme bleu, l’uniforme de police.
- « M. Arty ?
- Oui, je peux vous aider ?
- On m’a dit à l’accueil que vous aviez retrouvé cette écharpe. Elle appartient à ma fille, et je la recherche. »
Ma fille… Prononcer ces mots m’avait tailladé la gorge, comme si le diable avait eu le plaisir de m’arracher les cordes vocales l’une après l’autre.
- « En effet, j’ai trouvé cette écharpe dans le 17ème. Un homme la trainait à la main, et me l’a donnée sans raisons. Il paraissait plutôt énervé. J’ai vu un nom, le votre, et je l’ai apporté au commissariat du quartier. Ils vous l’ont transmis, apparemment.
- Euh, oui. Vous ne savez rien de cet homme ?
- Non, il était en costume, avait l’air plutôt riche avec ses gants de cuirs. Brun, avec des cheveux en bataille. Grand et un peu rond, il n’était pas très beau.
- Pouvez-vous m’indiquer ou vous avez trouvé cet homme ? Près d’un bar, d’un opéra, une banque ?
- Près du moulin rouge, à « l’Esprit Fou », le premier troquet à côté du pont.
- Merci beaucoup, merci. »
Et je partis. Cette habitude de partir et d’avoir l’esprit en fumée, les idées floues et le souffle coupé commençait à revenir souvent.
Cette fois, je ne me pressais plus. Je volais dans l’océan brumeux de l’espoir, rencontrant parfois les désillusions puis effaçant les mirages, je continuais mon chemin. Retrouvant mes esprits à chaque changement de direction, je me dirigeais vers le moulin rouge.
Les gens sont bizarres. J’aimais bien me promener dans Paris en observant les passants. Parfois je m’asseyais sur un banc, faisant une analyse des comportements plus ou moins suspects de toute cette population. Il y avait les gens qui sortaient du métro, transpirants et pressant le pas, avec leur mallette, leurs lunettes de soleil et leur costume chic, le pli du pantalon bien fait. On trouvait les pauvres, avec leurs jeans tachés et leurs vêtements pouilleux, on voyait bien qui attiraient la pitié. Et les mouches, aussi. Il y avait les mafieux qui observent les autres avec leur regard méchant qui agresse et inquiète. Ils cherchent des proies faibles à attaquer, surement. Et tous les autres, tout ces gens qui n’inspirent rien, qui sont physiquement banals et mentalement inconnus.
Je me rapprochais de ce moulin, je l’apercevais, en cherchant « l’Esprit Fou » des yeux.

Lorsque je l’aperçus, je fus étonné. Je m’attendais à un bar infréquentable peuplé de sombres voyous. Bien sur, ce n’était pas encore le Ritz, mais c’était un modeste restaurant, un peu décoré pour faire bonne impression aux clients. Le genre de café tout en bois foncé, très rustique mais très élégant. Je rentrais par la porte vitrée et fut envahis par la douceur de la chaleur qui régnait. Je m’approchai du barman, qui était en réalité une dame, pour demander des renseignements :
- « Bonjour, on m’a dit qu’un homme était parti de votre bar avec cette écharpe à la main. Je voudrais savoir si vous savez à qui elle appartient, ou si vous avez une simple information.
- Ah oui ! Je m’en souviens. C’était un grand et gros homme brun qui l’avait. Il discutait avec Alice et ils sont partis ensemble. Environ une heure et demie après, il est sorti seul, très énervé en balançant cette écharpe à la sortie du bar. Et Alice est sortie par les cuisines.
- Qui, vous dîtes ?
- Alice. Oh, vous ne la connaissez surement pas, c’est une jolie jeune fille qui déjeune ici tout les matins. »
Oh non. Je l’avais. J’étais si près du but. Le chant du A et le sifflement du C de son prénom me restait dans les oreilles. Tout à coup, son odeur me revenait dans le nez, & la couleur de ses cheveux me réapparaissait. Je la revoyais, comme si son esprit hantait cette pièce. Quelle sensation… indescriptible.
- « Ou habite elle ? Quand vient-elle ?
- Euh, il me semble qu’elle vient tous les jours, vers 5h25. Et je ne révélerais pas son adresse à n’importe qui…
- Je comprends. Merci beaucoup. »
Il était maintenant douze heures quarante-cinq, et la faim commençait à se faire sentir. Je commandais donc un croque-monsieur et un whisky.
Je crois qu’il faudrait que je me calme. Peut être tout simplement oublier. Oublier qu’elle n’a fait que fuir, que fuir le monde & elle est juste partie, loin, loin dans son utopie. Cette jeune fille avec son sourire en plastique irais voir les anges, et choisirais le diable pour le reste de sa vie. C’est si doux de revoir ses airs d’enfants.
« - OH MAIS REGARDE, l’ampoule est cassée.
- Mais non chérie, c’est la lune, et ce sont les nuages qui la cachent.
- Oh, bon, d’accord. »
Il faut tout simplement que j’arrête. Que je reprenne ma vie, cette ébauche de vie barricadée dans une caisse qui n’ose jamais en sortir. J’aime définitivement les croque-monsieur. Avec le whisky, sa réchauffe.
Après l’addition, je m’installai devant le billard, sur ces grandes banquettes. J’y restais quelques minutes, mais c’est d’un désagréable, on glisse comme sur un savon & on se retrouve vite la tête dans les épaules, sous la table. J’avais une demi-journée à tuer. C’est bizarre, après tout c’était une journée normale, mais rien n’y faisait, j’étais perturbé.
Je repris le chemin de mon appartement, marchant calmement et pensant à … rien. J’en ai marre de toujours penser à quelque chose ! Et souvent ce n’est pas très gai. Alors je comptais mes pas, ou je faisais des jeux avec moi même. C’était plutôt drôle, d’ailleurs.
Je ne me rendais pas compte à quel point j’avançais vite. En moins d’une heure, j’étais devant chez moi. Je montais, sans même saluer le vieux concierge. Celui-ci me prend pour un fou, j’en suis sur. Je l’ai vu inspecter ma serrure une fois, lorgner sur ma fenêtre. Et rien que quand je passe, il me fixe les sourcils froncés et me regarde d’un air suspect. La routine continuait. Ma clef ne rentrait pas dans la serrure, je forçais et envoyais un coup de pied dans le coin droit en bas de la porte. A ce moment là, la clef rentrait, mais refusait de tourner. C’était donc là que je cognais du poing à trois endroits précis sur cette porte, & par magie, elle s’ouvrait. Un jour, j’avais surpris le concierge en train de faire la même chose, mais pas comme il faut. C’est un bon antivol. Mais le jour ou je serais coincé et que mon petit système ne marcherait plus, alors je serais dans la mouise.
Je dois faire du ménage. Les moutons de poussière s’accumulaient sous les meubles, l’effroyable crasse sur mon lavabo et tous les trous dans les murs commençaient à être bien trop voyants. Alors je pris mon courage à deux mains, un seau, un balais et un chiffon, et je commençai mon ménage. Le temps passait vite. Entre deux thés ou un bon verre de scotch, la danse reprenait de plus belle et les chiffons tournaient autour de mes mains. Depuis des années, je n’avait fait le ménage que rapidement, seulement dans la chambre d’Alice. Cette envie me réjouissait, mais je ne pouvais m’empêcher de remarquer le timing. L’espoir me revenait lorsque j’apprenais qu’Alice était la.
L’esprit et le cerveau sont si complexes. Scientifiquement, on utilise sept pourcents seulement de notre cortex cérébral. Notre substance grise est le centre nerveux de tout notre corps. Elle dirige les frissons, les émotions, les actions, tout ce qui nous anime ou, au contraire, nous éteins. Mais l’esprit lui, le vague zéphyr qui nous passe d’une oreille à l’autre en nous soufflant quelques paroles, est une autre histoire. On ne connaît jamais personne et personne ne nous connaît jamais. On se résigne à penser que les gens nous sont essentiels, les amis nous aiment et on les aime en retour. Mais réfléchissez bien à votre vision du bonheur, et puis on en parlera plus tard. Cette paix et ce calme dans notre âme, ou au contraire cette agitation ou trépanation qui nous use, qui nous use…

Il était presque huit heures. Oui, j’avais passé la journée à faire le ménage, qui se transformait parfois en bricolage. Je grignotais quelques trucs sur le pouce et me couchais. Demain, je devais être à ce café à cinq heures, pour être sur de ne pas la rater. Debout à trois heures trente du matin, il me fallait du sommeil. A mon âge, on est plus capable de faire la fête toute la nuit… Je fumais un peu, assis sur le rebord de ma fenêtre, en regardant passer les voitures. Puis je me couchais, les idées paisibles, mais les sens secrètement agités.

Oh non ! Il était quatre heures quarante-sept. Il me fallait bien sa ! Encore endormi, j’avais pris le temps de me réveiller, de m’étirer. Et les yeux rivés sur l’horloge, mon cœur s’était emballé. Je sautais dans mon pantalon, avalais un café en m’étouffant à moitié, et claquais la porte un grand coup. Je courais, toujours cette sensation de course contre le temps, contre le destin. Cette sensation de déjà vu, je courais toujours plus. Il était cinq heures et quatre minutes, et j’avais fait un peu plus de la moitié du chemin. Je reprenais mon souffle, parce que courir pendant un quart d’heure, c’est long ! Mais l’espoir donne des ailes, et je repartais encore plus vite.
Dix minutes plus tard, je rentrais en furie dans le café. Tout le monde se retournait, je scrutais chaque visage. Il y avait de tout : des gens bien habillés, des jeunes, des vieux, des sans-abris, et les autres. Les autres, pour moi, c’est les gens inaccessibles. Les gens trop riches, ou trop beaux, ou trop intelligents, ou encore même trop stylés. Avec tous les accessoires qu’il faut, tout ce qui les différencient des autres. Je cherchais Alice, mais je ne la reconnaissais pas. Elle avait surement changée. Je m’approchais de la vendeuse :
- « Bonjour. Je cherche Alice, la jeune fille dont vous m’avez parlé la dernière fois.
- Ah oui, elle n’est pas encore la. Restez au bar, elle prend un café rapidement chaque matin. Je vous préviens quand elle est là si vous ne la voyez pas. Mais vous la remarquerez, j’en suis sure…
- Merci beaucoup. »
Je m’asseyais au bar et commandais un thé cette fois, avec un croque-monsieur. Le matin, ça choque tout le monde, mais c’est toujours aussi bon. J’étais tourné vers la porte d’entrée, et je fixais tout les clients. Je les dévisageais uns à uns, tous ces visages sombres et sans vie, tous impassible et dénoués de sentiments. A chaque entrée, un courant d’air glacé envahissait la salle, nous frissonnions tous. Il y avait un vieil homme à coté de moi. Il semblait fatigué par la vie, fatigué pas le temps, mais toujours aussi pétillant. Il était calme et serein, un petit sourire aux lèvres, des cheveux grisonnants tout ébouriffés. Il regardait son café, d’un air désabusé, et le portait à ses lèvres d’un geste lent et très mécanique. Je crois qu’il venait ici tout les jours, à voir ses manies et ses habitudes. Il a du s’apercevoir que je l’examinais, parce qu’il s’est retourné d’un coup et m’a regardé dans les yeux, un regard lourd et dur à supporter. Mais cet échange fut interrompu lorsqu’une jeune dame rentra dans le café, en jetant un « Bonjour » général. Ses longs cheveux bruns bouclés s’envolaient aux rythmes des vents, ses grands yeux brillaient de millions d’étoiles de malice. De loin, je ne voyais pas leur couleur, mais peu m’importe, ils étaient magnifiques et si profonds, légers et étincelants. Elle était petite et fine, bien trop fine, elle faisait penser à une jeune biche, frêle et maligne. A chacun de ses pas se balançaient ses hanches, d’un mouvement frénétique et flatteur. Pourtant, elle n’était pas la jeune femme chic comme vous vous l’imaginez. Elle portait des grosses chaussures vertes, un jeans noir totalement usé et troué, un tee-shirt sans formes et un bonnet de laine à grosses mailles, vert lui aussi.
Le vieil homme se leva et l’interpela.
- « Hey Alice, viens par là !
- Salut ! J’arrive, je commande mon café. »
Et en s’adressant à la serveuse, elle commanda :
- « Debra, un double expresso, pour changer !
- Ca vient ! »
Sans rire, je crois que je suis abonné aux chocs. Je l’avais. J’aurais du reconnaître le balancement de ses cheveux, le pétillement de ses yeux, sa façon de s’habiller. Mais non, j’étais aveugle, je ne savais plus rien d’elle. Elle s’assit en face de cet homme qu’elle appelait Leufroy. Ils discutaient et riaient ensembles, saluant parfois des clients d’autres tables. Je me sentais si impuissant. Avant elle ne connaissait que moi, ne parlait qu’à moi, n’était que pour moi. Je savais tout d’elle, et elle savait beaucoup de choses pour moi. On avait cette relation fusionnelle que peu de gens connaissent. Et là, en l’observant discuter et rire avec cet homme, et tous ces gens, je me sentais faible et sans importance. Elle m’avait remplacé, et je ne m’y faisais pas.
Je voulais lui parler, aller l’aborder, mais c’était impossible. « Bonjour Alice, je suis ton père, en quelques sortes. On va prendre un café ? ». Inimaginable. Alors je me contentais de l’observer. Elle avait toujours ses manies. La manie d’attacher tout ses cheveux en arrière pour boire son café, le perpétuel tremblement de sa jambe, et évidemment sa manie de sourire à tout. Je me rappelais de cette Alice heureuse, celle qui était partie depuis bien longtemps. Elle paraissait pressée, elle embrassa son Leufroy sur la joue, balança quelques pièces à la serveuse, salua tout le monde et partie comme une flèche. Je ne savais pas vraiment quoi faire, alors je la suivis. Elle aurait détesté sa, que je l’espionne par derrière, épiant ses moindres mouvements. Elle marchait vite et fièrement, elle avait toujours cette détermination. Je n’en pouvais plus, il le fallait. Parfois, on a juste besoin d’une seconde, d’une seule seconde pour que tout notre avenir se joue. Et c’était celle-là.
- « Alice ! Alice ! »
Elle s’était retournée, cherchant dans la foule celui qui avait prononcé son prénom. Et je criais toujours son nom, sans même pouvoir m’en empêcher, ma gorge parlais toute seule, hurlait son prénom. J’étais proche d’elle, je m’approchais de son regard qui scrutait la foule. Son regard s’est posé sur moi, un court instant, mais elle ne m’a pas reconnu. J’étais devant elle, la regardant dans les yeux, les deux mains sur ses épaules.
- « Alice ?
- Euh oui… On se connaît ? »
Et voilà, elle l’avait dit. Elle m’avait oubliée. Ou alors peut-être avais-je vraiment trop changé pour qu’elle me reconnaisse. C’est fou comme tout ce passé, c’est du vent.
- « Je suis ton père, enfin tu te souviens bien, non ? »
Et là, c’est encore son regard. Les étoiles de malices étaient parties. Je retrouvais les yeux qu’elle avait lorsqu’elle a disparue. Les éclats de lumières se reflétaient sur les larmes qui apparaissaient au fur et à mesure. Ses sourcils relevés et ses paupières bien ouvertes, elle aussi avait vu un fantôme. On restait les yeux dans les yeux, essayant d’y trouver un peu de bonheur, mais je crois qu’il n’y en avait pas. J’étais terrorisé et elle l’était autant que moi. J’espérais qu’elle allait parler en premier, je n’avais aucune idée de ce que j’allais dire. Une larme coula sur sa joue, elle partait. Elle s’envolait, retournait vers le passé pour se rappeler de ce qu’elle avait manifestement oublié.
- « Oh… »
Bam, elle l’avait dit. Je ne sais pas ce qu’elle a vraiment voulu dire, mais elle l’a dit.
- « Tu veux qu’on prenne un verre ?
- Non merci, je n’ai pas soif. Mais on peut parler, non ? »
Ses larmes n’arrêtaient plus de couler. Elle m’esquissait parfois un petit sourire, un sourire qui cache des années de mensonges. Alors elle m’entraina vers un banc. Je sentais bien qu’elle connaissait ce quartier. Cela me faisait peur, car on était au Moulin Rouge, pas besoin de vous expliquer.
- « Je sais que tu m’en veux, me dit-elle sans me laisser dire un mot. Je sais que j’aurais du revenir, que j’aurais du t’appeler, te dire que j’allais bien. Mais je ne sais pas pourquoi, je ne l’ai pas fait. C’est comme si quelque chose en moi ne voulait pas que tu sois dans ma vie.
- … Tu veux que je reparte non ? Comme sa je ne serais pas dans ta vie…
- Non, non ! Ce n’est pas ce que je voulais dire, je ne sais pas ce que je veux dire, je ne sais pas ce que je veux faire, je ne sais pas ce que je dois te dire, je…
- Dit moi juste la vérité ! Et si tu le veux, je m’en vais.
- Non, non ! La vérité, mais quelle vérité ? Pourquoi je suis partie ? Pourquoi je ne t’ai rien dit ? Pourquoi je t’ai abandonné ? »
Elle paraissait un peu énervée maintenant, je n’arrivais pas à la comprendre. Quelques perles d’eaux coulaient encore sur ses joues au rythme de ses paroles. Et je pleurais aussi un peu, je crois. Je voulais ajouter quelque chose, mais rien n’y fait, elle reprit, en parlant plus fort.
- « Et bien je vais te le dire alors. J’en avais marre, marre de tout. Je veux juste, avant de commencer, que tu saches que ce n’a jamais été à cause de toi. Jamais. Tu es la meilleure chose qui ne me soit jamais arrivée. Je voulais juste vivre. Mais je vis, tu va me dire. Non, pour moi, vivre c’est profiter. Sentir mes cheveux s’emmêler en grimpant dans les arbres, faire des courses de cadis avec le voisins d’en face, fumer et voir des éléphants roses voler partout, sentir mes pieds me faire mal à force de sauter partout pour essayer de s’envoler, danser jusqu'à se casser les cheville, voir le monde entier, aimer comme des fous, rire à ne plus avoir de souffle, et enfin se sentir vivre, se sentir en vie. Ne plus avoir à subir cette existence qui nous tue, qui nous achève si on ne la reprend pas en main. C’est ce que j’ai fait, j’ai repris ma vie en main. Je ne voulais plus de ces gens qui vous jugent, qui vous agressent et vous enfoncent. Je voulais oublier cette vie. Et toi dans tout sa ? Tu faisais parti de cette vie, celle que je voulais oublier. Alors je suis partie. Je t’ai vu me chercher dans tout Paris, je te fuyais au fur et à mesure, pour que toi aussi tu m’oublie. Je t’entendais hurler, je t’entendais crier mon nom au fond des sanglots. Et je pleurais, assise dans la ruelle ou tu m’as trouvée. Puis tu es parti. J’ai errée pendant quelques jours, avec cette rancœur dans mon cœur, pour trouver mon chemin dans tout ce monde, dans tout ce Paris blasé. Et puis je l’ai trouvé. J’ai rencontré Leufroy. Il passait plusieurs fois par jours devant la ruelle ou j’étais assise. Dès la première fois, il vint me parler. Il me faisait un peu peur, avec ses airs de grand et vieil homme, mais il m’a tout de suite rassuré. Il m’a dit de me lever, m’a pris dans ses bras sans dire un mot. Puis il m’a guidé chez lui, donné une couverture un des habits chauds. Il m’a dit que je pouvais rester, ou que je pouvais partir. Alors je suis partie. Il me rappelait trop toi, si fort, si doux, si gentil. Malgré ma fuite, il continuait à me parler dans ma ruelle, m’apporter quelques pièces. Et enfin je suis sortie de l’ombre. Avec son argent, j’ai pu trouver un travail, et m’en sortir un peu autrement. Et puis j’ai vécu, j’ai fait tout ce que je voulais faire. Monter en haut de la tour Eiffel, croire en la joie, et puis vivre, tout simplement. Il m’a fallu du temps pour sortir de toute cette ombre, mais l’espoir revient toujours, toujours…
- Mais pourquoi tu n’ais pas venu me voir ?
- Je ne sais pas. Tu étais ce que je voulais oublier, je ne voulais pas replonger dans tout ce malheur et cette mélancolie. Alors j’ai arrêté de penser à toi. Tu m’en veux ? »
- Je ne pouvais pas lui en vouloir. Comment pouvais-je haïr celle que j’avais attendue tout ma vie, qui m’avouait tout ce qu’elle avait vécu pendant que je me morfondais. Alors je bafouillais quelques mots, et puis la pris dans mes bras. Je ne trouvais rien d’autre à faire, comme dans tous les films qu’on voit. Et nous restions scellés l’un contre l’autre, pleurant & s’en dessécher. Je ne voulais plus qu’elle, je voulais l’aider. Je la pris par la main, et nous partîmes vers l’avant. Elle ne pleurait plus, elle souriait. Et l’un avec l’autre, nous regardions les nuages.
- « Dis, tu crois que la tour Eiffel penche ? »

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MessagePosté le: Lun 16 Mar - 19:41 (2009)    Sujet du message: J'écris aussi... Répondre en citant

Chapeau, sa a beau être long, on ne s'ennuit pas.
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Merci Angel !!!!!
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MessagePosté le: Lun 16 Mar - 23:03 (2009)    Sujet du message: J'écris aussi... Répondre en citant

Merci =)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 18:46 (2018)    Sujet du message: J'écris aussi...

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